Reporter vedette de la RTS dans les années 2000, Samba Mangane était la voix captivante qui scotchait les téléspectateurs de la télé nationale lors des combats de lutte. Mais le natif de Linguère a quitté le monde du pugilat depuis plus de 20 ans. Et avait épousé une nouvelle carrière dans la diplomatie. Passé par l’ambassade du Sénégal en France et en Italie, l’ancien journaliste termine son parcours dans le monde diplomatique dans quelques semaines. Et c’est à cette période qu’il a été retrouvé par Iba Kane.

Dans son émission Matinale D’Sports sur Lutte TV, Iba s’est entretenu via le téléphone avec Samba Mangane. Ce dernier est revenu sur son arrivée dans l’arène, ses souvenirs, la question du Roi des arènes, mais il a aussi évoqué les fins tardives des galas de lutte. Ainsi, il propose des mesures drastiques pour pousser les lutteurs à respecter les heures fixées.

Samba Mangane, la mission diplomatique prend fin ce mois de juillet

« Samba Mangane va bien. Il travaille dans la diplomatie. Je travaille au Consulat général du Sénégal à Lyon. Je suis là depuis 2016, mais ma mission est terminée. Elle prendra fin ce mois de juillet. Je suis arrivée dans la diplomatie en 2005 à Paris. En 2007, j’ai été affecté à Marseille, 2014 en en Milan, 2016 à Lyon où je suis jusqu’à présent. Je vais rentrer à Dakar s’il plaît à Dieu. »

« Ce qui m’a amené dans l’arène »

« Mes souvenirs dans l’arène sont nombreux. Mais ce sont tous de bons souvenirs. Mais je vais d’abord expliquer ce qui m’a amené dans la lutte. Au départ, je faisais des reportages dans le football, le basket et d’autres disciplines. Un jour, par un concours de circonstance, je suis parti au stade et le match au programme n’était pas tenu. Ainsi, je suis partie à l’arène auprès d’El Hadji Mansour Mbaye. En me voyant, il m’a invité à l’aider dans le reportage. Nous avons fait ensemble le reportage en compagnie d’Ibrahima Fall Lamp. El Hadji Mansour a été séduit par ce que j’avais fait. Le lendemain, il a dit à Ablaye Diaw qu’il avait besoin de moi à ses côtés. Ils m’ont demandé mon avis. Je leur ai répondu que j’étais sous leur ordre. Que j’étais prêt à aller partout où ils m’amèneront. C’est ainsi que j’ai rejoint l’arène. C’était à la radio. Mais après le décès de Tapha Ndiaye, El Hadji Mansour m’a encore réclamé pour la télé. Beaucoup voulaient ce poste. Mais c’est en moi qu’il avait confiance. Babacar Ndiaye, le directeur, m’a appelé et m’a confié la lutte pour la télé. Les gens de la télé m’avaient bien accueilli et m’avaient beaucoup soutenu. J’ai fait ma première émission, mon baptême du feu. Les gens m’ont dit que ça allait venir. Ils m’ont orienté. Je voulais entendre les choses qui ne marchaient pas pour m’améliorer. »

« Depuis France, il m’arrivait de rentrer à Dakar pour reporter un combat »

« Les souvenirs sont nombreux. Travailler au côté d’El Hadji Mansour et Omar Dia qui m’ont beaucoup marqué. Le combat entre Manga II et Toubabou Dior, Manga II-Tyson, Tyson-Mouhamed Ali. Je n’oublie pas le combat entre Tyson et Moustapha Gueye. Dans mes premières années en France, il m’arrivait de rentrer à Dakar uniquement pour reporter un combat. C’était le cas lors du combat entre Yékini et Bombardier. À l’époque, les VIP d’aujourd’hui n’avaient pas encore démarré leur carrière, ou bien, ils disputaient les petits combats. J’ai de beaux souvenirs dans l’arène. »

« Le fait que la RTS n’a plus la mainmise sur la lutte est une chose que je regrette »

« Le fait que la RTS n’a plus la mainmise sur la lutte est une chose que je regrette. A mon époque, il n’y avait qu’une seule télé, la RTS. Et personne ne ratait l’émission Sport de chez nous. Mais le monde évolue. De nouvelles télés ont été lancées. Bécaye Mbaye est venu avec Bantamba, Walfadjri avait son émission. Et des reporters ont commencé à émerger. Après mon départ, Malick Thiandoum est venu reprendre le flambeau. Il y avait les Ndeye Dom Diouf, Khadim Samb. Mais à un moment donné, le directeur n’avait pas donné assez d’importance à la lutte, je dirai au sport. Cela fait des années que la RTS ne fait plus de direct pour la lutte. C’est une chose qui me fait mal. Mais avec la nouvelle équipe, j’ai vu que mon jeune frère Pape Alé Niang commence à rattraper le coup. J’ai remarqué des changements et je suis optimiste que la RTS va retrouver sa place dans l’arène. J’ai vu que dans le Journal, la page sport est revenue, une chose que je salue. Je le conseille à Pape Alé Niang, mon frère Djolof-djolof, la lutte doit revenir à la RTS. »

« Tyson au même niveau que Youssou Ndour et Sadio Mané »

« Le lutteur qui m’a le plus marqué, c’est Tyson, après il y a Yékini. Tyson parce qu’il a révolutionné la lutte. De la même façon que Youssou Ndour dans la musique, Bocandé, El Hadji Diouf et Sadio Mané dans le football, Tyson a fait de même pour la lutte. Il a compris que la lutte était un métier, un business. Il n’a jamais été dans les futilités. Il ne fréquentait pas les boîtes de nuit. Il ne perdait pas son temps à la plage. Lui et Yékini ne traînaient jamais dehors. Ils ont inspiré la jeune génération. Tout a démarré avec Tyson. Aujourd’hui, Modou Lô, Balla Gaye 2, Eumeu Sène, Gris Bordeaux sont en train de réussir la même chose. »

« L’unique Roi des arènes, c’est Manga II »

« Pour le titre de Roi des arènes. L’unique Roi des arènes que je considère, c’est Manga II. Parce qu’il l’est devenu suite à des critères. Ces critères n’existent plus. Chaque année, on annonce un nouveau Roi des arènes. Aujourd’hui, c’est Modou Lô. Si demain, un petit lutteur bat Modou Lô, il deviendra Roi des arènes. Ce qui serait incompréhensible. La solution, c’est d’organiser un tournoi. Mais cela risque d’être très difficile parce qu’il faudra des milliards pour le réaliser. En plus, il faudra catégoriser les lutteurs. Un pugiliste de 80 kg ne peut pas défier un lutteur qui pèse 120 kg. Il faudra faire comme la boxe. Créer des catégories pour avoir un Roi à chaque niveau. Modou Lô bat à chaque fois Eumeu Sène qui bat Balla Gaye 2 qui à son tour bat Modou Lô. Ainsi, comment peut-on parler de Roi pour ce trio ? Il est difficile de dire qui est le Roi parmi eux. Modou Lô a un combat (contre Siteu). S’il est battu, son bourreau devient le Roi. Est-ce qu’il le mériterait ? Est-ce qu’il a fait un parcours qui le lui permet ? Ce sera compliqué de le dire. »

« Le CNG ne doit plus tolérer 10 combats dans une même journée »

« Malgré tout, Modou Lô reste un champion. Un très grand champion. Je ne conteste pas sa royauté. En cette période, il n’y a aucun adversaire qui peut lui résister. Il est technique, il est puissant, talentueux, courageux et redoutable. Toute la presse sportive est d’accord que Modou Lô demeure le Roi des arènes. Donc, il faut l’accepter. Si j’avais une chose à changer dans l’arène, ce serait les heures de combats et les nombreux combats par journée. Le CNG ne doit plus tolérer 10 combats dans une même journée. Avec autant de combats, il est impossible de finir avant 21h. À l’époque, on reportait un match à Demba Diop, à la fin, on se rendait à Iba Mar Diop pour assister au grand combat. Et avant le crépuscule, tout le monde était déjà rentré chez lui. Seuls trois combats préliminaires suffisent à mon avis. Les sanctions doivent être sévères. Un lutteur qui reçoit 100.000.000 F CFA ne se préoccupe pas d’une rétention de 100.000 F CFA. Si on prend des mesures drastiques, couper 1 million sur chaque minute, les lutteurs vont respecter les règles. Ainsi, si son fixe le démarrage du combat à 19h, les lutteurs vont forcément respecter cette heure. C’est ce que je conseille à Bira Sène que je connais depuis très longtemps. Il est en train de faire de bonnes choses. Il poursuit le travail laissé par Alioune Sarr et son équipe.»

« Mon retour dans l’arène n’est pas nécessaire, la relève est assurée »

« Est-ce que je vais revoir dans l’arène ? (Rires). Chacun à une mission à accomplir. Et il faut savoir laisser les autres faire la même chose. Que ça soit diriger un pays, un service, sa maison. Lorsque je partais, beaucoup craignaient un vide derrière. Mais ils oublient que j’avais succédé à des personnes. Après mon départ, ils ont constaté que mes successeurs étaient meilleurs que moi. Les Bécaye Mbaye, Khadim Samb, Ndeye Dom Diouf, Iba Kane, Dembélé, Lamine Samba, Pape Alioune (Walf), Bour Nguéweul et mon parent Max Mbargane qui s’appelle en réalité Maguette Mbengue. Maguette Lô, ancien président du conseil économique et social, est son homonyme. Son père est un Djolof-djolof qui est venu s’installer à Lansar. Ma présence dans l’arène n’est pas indispensable. J’ai quitté le milieu depuis 2000, cela fait plus de 20 ans. La relève est là, elle est assurée. »

Source : RECORD

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *